Intégrer la contrainte climatique dans les projets de développement au Cameroun grâce à l'étude d’impact environnemental et social

Avec une bordure côtière de près 600 km le long de l’Océan Atlantique, le Cameroun concentre à ce jour des « points chauds » d’extrême sensibilité au changement climatique. Aussi les impacts négatifs du changement climatique se ressentent sur les secteurs clés du développement …. (Agriculture sous pluie, élevage, pêche, infrastructures côtières, biens publics et transports).

Dans ce contexte le pays doit développer des stratégies appropriées pour faire face à  la déforestation, les pertes en biodiversité, les pollutions atmosphériques, marines, l’accumulation des déchets ménagers, les catastrophes industrielles, les marées noires, la dégradation des ressources en eau, la dégradation des sols, le volcanisme, les émanations de gaz toxiques, les glissements de terrains, les éboulements de rochers et les inondations.

C’est ainsi qu’à la faveur de la loi sur la décentralisation qui transfère aux collectivités territoriales décentralisées des compétences multiformes en vue d’impulser le développement au niveau local, l’Association Carré Géo & Environnement et l’Association Camerounaise pour l’Evaluation Environnementale ont  mené, en 2013 et au delà, des activités de plaidoyer pour l’intégration systématique de la contrainte climatique au travers de l’évaluation  environnementale dans la planification du développement local au Cameroun ». 

Le plaidoyer visait à promouvoir l’intégration de la contrainte climatique dans les Plans Communaux de Développement des villes et communes du Cameroun et plus particulièrement dans les zones vulnérables « climate change Hot Spots » des plaines inondables des régions de l’extrême-nord et du nord-ouest,  des forêts inondables de la région où  des catastrophes naturelles survenues en 2012 ont causé d’importants dommages, pertes économiques et écologiques.

La mise en application concrète de ce souci de prise en compte des aspects liés aux changements climatiques dans les stratégies de développement pourrait se faire à travers le recours aux Évaluations Environnementales.

En effet, l’Evaluation Environnementale est l’une des approches prescrite par la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatique (CCNUCC), pour acter la contrainte climatique.

Mieux, le plaidoyer s’est déroulé au moment où un récent décret du Chef de l’Etat portant réalisation des évaluations environnementales au Cameroun consolide le transfert des responsabilités environnementales aux collectivités territoriales décentralisées.

La volonté politique du chef de l'Etat s’arrimait  au  5ème  rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) qui réaffirme l’acuité des changements climatiques causés  principalement par  les activités humaines.

Les activités suivantes ont meublé le plaidoyer :

  • Sensibilisation de l’exécutif communal et de l’administration centrale

il s’agissait de sensibiliser de façon  directe et indirecte les élus locaux, chefs des services déconcentrés de l’état et cadres techniques des mairies sur le potentiel de l’évaluation environnementale en tant que véhicule d’intégration des aspects liés aux changements climatiques dans les processus de développement locaux et le bien fondé d’une telle action au Cameroun, notamment par des séances de travail et par la diffusion d’articles de presse, de spots télé, de post dans les médias sociaux et la distribution de supports de communication.

pour palier à  l’absence d’un guide national d’adaptation aux changements climatiques , il a été conçu et élaboré  un aide-mémoire pour  l’intégration des aspects relatifs au changement climatique dans la conception, l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des plans, programmes et projets de développement communaux. Cet aide-mémoire entend contribuer à ce que le recours aux EIES au Cameroun soit effectivement l’occasion d’intégrer systématiquement et explicitement ces aspects. Cet outil fondamental dont les acteurs de développement local devront s’approprier s’inscrit dans le cadre du Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques et s’appuie sur les portes d’entrées qu’offrent le décret n° 2013 / 0171 / PM du 14 février 2013 fixant les modalités de réalisation des Études d’Impact Environnemental et Social (EIES).

L’élaboration de cet outil s’est faite selon la méthodologie suivante :

  • La première phase a consisté à l’identification/synthèse/adaptation des critères d’analyses et des meilleures pratiques reconnues en matière d’intégration des aspects contraintes climatiques dans les EIES et proposition des canevas
  • La deuxième phase étant le cadrage du contenu du guide
  • La troisième phase étant la constitution de l’équipe d’expert et les délais de réalisation
  • La quatrième phase étant l’harmonisation de la méthodologie de la production du guide
  • La cinquième phase étant la soumission du contenu et de la méthodologie aux cibles pour appréciation, feedback et appropriation
  • La sixième phase étant la rédaction du guide simplifié
  • La septième phase étant celle des sessions préliminaires de relectures des différents drafts de documents
  • La huitième phase étant l’organisation d’un atelier à objectif couplé, notamment la validation des documents ayant fait l’objet d’une relecture scientifique et le renforcement des capacités des parties prenantes au développement
  • Organisation des sessions de diffusion et de formation à l’utilisation dudit guide, dont l'une des sessions de formation s'est déroulée le 8 novembre 2013, sous le thème: "Intégration de la contrainte climatique dans les politiques, stratégies et programmes de développement au Cameroun"

Il s’est agit d’organiser un atelier de formation dont l’objectif global était  de renforcer les capacités des parties prenantes au développement en ce qui concerne l’Intégration des aspects liés aux changements climatiques dans les politiques, stratégies et programmes de développement au Cameroun.

  • Transmission du guide et consultation de la tutelle gouvernementale 

En vue de l’adoption du guide par la tutelle gouvernementale, il a été initié  des consultations auprès du Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), du Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), de la Communauté Urbaine de Douala (CUD) et de la Commune d’Arrondissement  de Yaoundé 2  (CUAY2); afin que l’ aide-mémoire qui a été élaboré puisse venir en appui à l’outil d’aide à l’élaboration des plans de développement, notamment le guide méthodologique de planification locale et régionale

 

Ces institutions, au travers respectivement de la Cellule d’Appui à la Planification Locale, de la Direction du Développement des Politiques Environnementales, de la Sous Direction du Développement Durable, de l’Encadrement et du Partenariat, de la Direction des Etudes, de la Planification Urbaine et du Développement Durable ont estimé que l’initiative de cette campagne de plaidoyer est louable et mérite d’être accompagnée.

 

Pour la Cellule d’Appui au Développement Local et à la Coopération Décentralisée l’aide-mémoire est une base de travail appréciable qui nécessite l’adoption consensuelle par toutes les parties prenantes.

« cette initiative participe de la mission et du rôle assigné aux organisations de la société civile dans le cadre d’une collaboration avec le Ministère de tutelle » selon M. Adama SAIDOU, Directeur du Développement des Politiques Environnementales, du Développement Durable, de l’Encadrement et du Partenariat au Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED),

 

Mme Christine MBAMBAND, Chef de Cellule d’Appui à la Planification Locale au MINEPAT, quant à elle estime que « l’aide-mémoire devrait s’expérimenter sur un plan communal de développement élaboré selon le canevas prescrit par le guide méthodologique de planification locale et régionale, car ayant été adopté au préalable par le Programme National de Développement Participatif (PNDP) »

 

Perspectives de la campagne de plaidoyer

 

Durant l’année 2014 et au-delà, va se multiplier  l’organisation des sessions de diffusion et de formation à l’utilisation dudit aide-mémoire à l’intention des différentes parties prenantes, notamment les élus locaux des régions ciblées ; les cadres techniques des mairies à savoir les chefs des services techniques liés à l’environnement et la planification locale ; les chefs des services déconcentrés de l’Etat au niveau départemental et les communautés locales.